La désirabilité des entreprises est altérée par l’égo des patrons

La désirabilité des entreprises est altérée par l’égo des patrons

La banalisation des usages, des codes vestimentaires, des langages atrophiés, de la pensée unique castratrice mais aussi l’explosion des fakes news et autres dérives d’internet qui font dire à Sir Tim Berners (l’inventeur du web) que « le web a échoué à servir l’humanité comme il aurait dû le faire » font émerger un débat de fond sur le rôle même des entreprises.

Derrière l’économique, le business, les gestions court terme et autres dogmes financiers, la question de l’engagement et du leadership moral affleure.

 

Quel est le bienfait humain de l’entreprise ? Quel est son éventuel leadership moral ? Doit-elle attirer et collectionner les personnes comme des numéros ou valoriser leur épanouissement ?

Nombre de patrons français, culture judéo-chrétienne oblige, se dressent immédiatement pour dire que « ce n’est pas le rôle de l’entreprise, sa priorité ce sont les actionnaires ». Cette vision archaïque du monde permet d’échapper à sa responsabilité première qui n’est ni comptable, ni RH mais bien d’exprimer une utilité sociale et sociétale.

Certains, comme Jean-Dominique Senard, sont des pèlerins de la Raison d’Être et ouvrent des voies à suivre, mais ils sont bien seuls en France.

Ce n’est pas normal en effet, que ne soient mis en avant majoritairement que les patrons américains : les Bezos, Zuckerberg, Musk, Gates et tant d’autres.

 

Pourquoi l’immense majorité des patrons français n’incarne rien aux yeux de la société civile ?

Plusieurs éléments expliquent la situation :

1. La plupart des Patrons cités incarnent vraiment leur entreprise – peut-on imaginer Tesla sans Musk ? En France, le leadership culturel est le grand absent du référentiel des dirigeants.

2. En France, la vision des Patrons est rarement connue et reconnue et s’inscrit peu dans le débat sociétal.

3. Chez les patrons leaders, la parole de chaque dirigeant est volontairement unique, voire iconoclaste et engagée. Le politiquement correct ne fait pas partie de leur ligne éditoriale.

4. Les dirigeants se mettent entre les mains de communicants qui finissent par leur dicter leur prise de parole, pire par penser à leur place. Les dirigeants français sont asservis aux pros de la com ou autre chef de cabinet et se privent d’une liberté de parole qui serait utile à tous.

5. Les mélanges de genre, voire parfois la consanguinité dans le microcosme politique, syndical, médiatique et entrepreneurial,n créent des postures plus que des confrontations saines.

Le fossé qui se crée entre les grandes entreprises et leurs parties prenantes ne semble pas préoccuper outre mesure les états-majors qui continuent à croire que tout va bien dans le meilleur des mondes. Les difficultés d’attractivité des entreprises s’expliquent aussi par le fait qu’elles ne vivent pas dans la cité ; elles sont des espaces de jeux de rôles déconnectés de la vraie vie; des espaces qui se drapent dans la vertu des bons sentiments sans tenir compte de la raison d’être individuelle de chacun.

Nous arrivons à un moment charnière où le besoin de vrai, de sincérité, d’engagement mais aussi d’humanité se fait criant. Les frustrations et les espoirs de la société civile sont aussi vives en entreprise et le seront de plus en plus.

 

Une entreprise est avant tout une Tribu humaine dont le leader doit, par essence, être habité par l’ambition collective – le projet – et non pas, que par son égo.

Un vrai Patron doit « se fondre dans son entreprise », être le premier ambassadeur de sa culture, le garant de sa communauté d’Âmes. Il n’est pas en haut d’une pyramide mais bien à la base, derrière ses équipes qu’il encourage et accompagne.

Une évidence pour certains qui ne voient pas la vie autrement. Une tartufferie pour une majorité guidée avant tout par leurs carrières.

Une chose est sûre, une culture revendiquée et assumée fera toujours la différence ; question d’authenticité.

Vous pouvez également consulter cet article paru sur « Cadre Emploi » ici